Chasse aux phoques : fric, toc et manipulation

Alors que la Commission européenne devrait proposer un boycott des produits canadiens du phoque ce 23 juillet, il me semblait important de mettre les choses en perspective.

Les organisations de protection animale en France ont eu à cœur de défendre, pendant des années, le bien-être de l’animal. Cela était utile et nécessaire. Ce que personne ne semble avoir remarqué c’est la mutation de ces organisations sous l’influence – je dirais presque le phagocytage – des organisations nord-américaines. Au cœur de ce réseau désormais mondial : la Humane Society of the United States (HSUS).

Organisation devenue richissime - son patron en 2003 a reçu 500.000 $ US de salaire - , la HSUS a su faire de son opposition à la chasse aux phoques un véritable moyen pour lever des fonds à tel point que l’on peut se demander si l’objectif n’est pas là : gagner de l’argent pour imposer sa vision de la société. Une vision qui irait bien au-delà de la simple défense de la vache à lait des phoques.

Parenthèse : la Commission Européenne a reconnu, en 2007, que les espèces de phoques actuellement chassées ne sont pas des espèces menacées. D’ailleurs, ces espèces ne figurent pas dans la liste des espèces menacées de la Convention sur le commerce international des espèces (CITES). Même Greenpeace avait reconnu, en 2004, cette situation avant de faire volte-face en 2005 sous l’impulsion de son nouveau directeur. Les phoques du Groenland, les plus chassés, sont passés de 2 millions dans les années 70 à près de 6 millions de tête en 2006. Fin de la parenthèse.

Désormais, donc, nous ne parlons plus de “défendre” les animaux ni de “bien-être” mais de “droits” des animaux. Cela peut paraître anodin mais il se cache derrière cette sémantique un changement profond de concept et d’idéologie.

Défendre le droit des animaux, c’est concevoir l’animal à égalité avec l’homme. C’est pour cela que les animalistes parlent d’”animal-humain” pour désigner l’Homme et d’”animal-non-humain” (les animaux). Et j’irais plus loin : j’ai lu bien des commentaires sur les forums Internet de ces organisations où l’homme était considéré comme inférieur à l’animal tant il y est décrié pour sa capacité à détruire son environnement. S’il est vrai que l’environnement doit être mieux protégé, je n’irais pas jusqu’à considérer l’espèce humaine inférieure à l’animal. Sauf que nous avons affaire à des extrémistes de la cause animale. Voilà la pensée qui, désormais, contrôle ces organisations qui, il y a 15 ou 20 ans, étaient somme toute responsables et sensées.

La fondation Brigitte Bardot était singulière dans ce paysage : seule organisation ou presque à revendiquer dans les années 1970 la fin de la chasse au phoque, elle est désormais rejointe par la quasi totalité des organisations animalistes. Pourquoi ce changement ? Certainement pas grâce à l’expertise scientifique de Brigitte Bardot dont les seules arguments sont à caractère émotifs, démagogiques, et anthropomorphiques. (Je me souviens d’ailleurs de cette conférence de presse de Madame Bardot à Ottawa en 2006, pleurnichant sur le sort des phoques devant une affiche où figurait… une otarie… et un bébé humain mort). Certainement pas non plus grâce à sa tolérance mise à mal par 5 condamnations judiciaires pour incitation à la haine raciale - la dernière condamnation à 15.000 euros date de juin 2008. Mais peut-être que Madame Bardot essaie de se racheter une virginité avec les phoques, elle qui avait abandonné son enfant ?

Ce changement vient davantage de la puissance financière de HSUS car je soupçonne fortement la HSUS d’abonder financièrement auprès de ces organisations et de fédérer des campagnes et des discours. Il est intéressant de constater, par exemple, que la Fondation Bardot a lancé une campagne contre la viande de cheval en France à la fin 2007 au même moment que la HSUS aux États-Unis.

Il peut paraître étonnant, également, de voir la Fondation 30 millions d’amis faire campagne contre la chasse au phoque. Du temps de son fondateur Jean-Pierre Hutin, la fondation s’occupait, comme son nom le laisse supposer, des animaux domestiques. La fondation s’est transformée en une organisation défendant tous les animaux et a épousé les thèmes et les discours des organisations nord-américaines (contre les animaux de laboratoire, contre les animaux de cirque, promotion de livres sur le droit des animaux, etc.)  Et je pourrais dire la même chose de la Société Protectrice des Animaux (SPA).

Or, parmi ces changements, on note un message général commun : la promotion du végétarisme.

Ainsi, la HSUS a élaboré un guide pour influencer la société américaine à devenir végétarienne. Consulter le guide en anglais ici.

Dans son édito, le patron de l’organisation, Wayne Pacelle, végétarien notoire, écrit : « Nous sommes des créatures dotées d’une conscience et chacun d’entre nous a le pouvoir de nous détourner de la cruauté de ce qui se passe aujourd’hui dans les fermes ». Lire le texte en anglais ici.

Nous sommes loin du phoque et de l’animal sauvage : les fermes sont précisément dénoncées. Il est vrai que la ferme américaine est peut-être différente de la ferme européenne : l’hormone est autorisée sur les bovins, pas de label rouge pour les poulets entassé par milliers dans des fermes dont le seul objectif est le rendement pour le profit (lire Malbouffe : on vous tue pour vrai), etc. La production intensive, le manque de labels, le recours aux antibiotiques et au chlore (interdit en Europe) permettent de comprendre leur prise de position. Or, si le diagnostic peut être juste, la réponse, elle, ne m’apparait pas la bonne et la cause - l’imposition d’une société végétarienne - encore moins. En outre, je ne crois pas que ces personnes fassent dans la nuance. Et leur idéologie végétarienne l’emportera sur le savoir-faire des petits éleveurs et producteurs européens.

Autre chose : la HSUS a fondé en 1991 la Humane Society International (HSI). Cela vous donne une idée de leur désir de répandre la bonne nouvelle à l’extérieur de leurs frontières. Et avec le HSUS Legislative Funds (Fonds législatif de la HSUS), l’organisation se donne les moyens de financer les politiciens et donc d’obtenir d’eux les lois et règlements qu’elle souhaite.

Bref, c’est une vraie pieuvre qui s’organise pour un objectif à caractère totalitaire : le végétarisme envers et contre tous. Dans ce contexte, nos phoques ont vraiment beau dos. Et ce sont des familles bien réelles -  Inuit, Québécoises, Acadiennes -, tentant modestement de vivre de cette chasse, qui font les frais de cette guerre idéologique.

Alors oui, ils est possible que les méthodes de chasse au phoque soient améliorées et la surveillance renforcée - bien que la chasse au phoque soit déjà la chasse la plus encadrée de la planète. Quid de l’usage du hakapik (le fameux gourdin tant décrié) ? Il a été jugé par l’association canadienne des médecins vétérinaires comme le meilleur outil permettant une mort instantanée. En outre, le crochet métallique permet aux chasseurs de piquer la banquise s’ils venaient à tomber à l’eau. Mais quelles sont les propositions d’amélioration des organisations ? Aucune. Elles n’en ont pas. Elles n’en veulent pas. Sous prétexte que les règlements sont transgressés par certains chasseurs, elles exigent la fin de la chasse. Un peu comme si on demandait l’interdiction de la circulation automobile à cause de certains chauffards qui auraient causé des accidents.

Mais le terrible aveu vient peut-être de Paul Watson lui-même, opposant forcené à la chasse aux phoques et ancien Directeur de Greenpeace. Dans une entrevue à la CBC en 1978, il déclarait : « la chasse au phoque a toujours été un moyen de faire du profit pour la fondation Greenpeace. Et pour les autres organisations comme IFAW, API aussi. Il y a des centaines d’animaux qui figurent sur la liste des espèces en danger. Le phoque n’est pas l’un d’eux. Mais le phoque a une image très facile à exploiter… » Écouter l’entrevue ici.

Add comment 19 juillet 2008

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