Jonathan Roy ou l’espèce contre la civilisation

25 mars 2008

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Ce n’est pas moi qui le dit mais Philippe Val, un de ces penseurs français que l’on nomme volontiers philosophes.

La loi de l’espèce c’est cet instinct grégaire qui habite chaque homme. L’espèce vise sa propre reproduction. C’est sa loi. Aveugle, sans état d’âme, sans conscience, elle élimine les faibles et obtient des plus forts leur reproduction… avant de précipiter leur mort car l’espèce s’autorégule, la surpopulation pouvant la menacer.

La loi de l’espèce régnait ainsi en maître durant des milliards d’années avant qu’elle ne se prenne les pieds dans le tapis en inventant, via son mode de sélection brutal et hasardeux, un nouvel être : l’homo sapiens sapiens. Cet être sélectionné pour ses aptitudes à faire survivre l’espèce mieux que n’importe qu’elle autre - grâce au cortex de son cerveau surpuissant - s’est mis à défier la loi de l’espèce dont il était issu. Car l’homo sapiens sapiens non seulement devînt conscient de sa finitude mais en plus devînt conscient de sa conscience. De cette réflexivité, l’Homme élabora ses propres lois, autrement moins douloureuses, arbitraires et brutales que la loi de l’espèce. On appelle cela : la civilisation.

Et l’espèce se sentit menacée.

La civilisation, c’est la prise de conscience par l’Homme de sa propre fin et donc que la vie n’est pas seulement cette ligne droite qui mène de la naissance à la mort en passant par la lutte pour sa survie et la reproduction sexuée. Désormais, la vie c’est le plaisir de prendre plaisir, c’est aimer aimer son prochain ou Mozart, c’est rechercher des moments d’éternité dans le bonheur et même dans la jouissance du bonheur.

La civilisation suppose des lois : là où le faible doit mourir car l’espèce ne s’embarrasse pas de celui qui menacerait sa résistance au temps, la civilisation protège les plus faibles car elle a conscience du caractère unique de tous ceux qui la composent.

La civilisation s’oppose donc au rapport de force brute, à la souffrance, à la guerre et à toute forme d’activité où le plus fort triomphe en soumettant les autres à sa force. La civilisation s’oppose à la sélection de l’espèce.

Or la civilisation n’est jamais acquise pour toujours. C’est une construction de tous les instants. Et nous avons tous en chacun de nous cette part de l’espèce qui nous anime encore.

Ainsi, la civilisation abrite sa part de violence, sa part de loi de l’espèce. Nos rapports à la violence, à la différence, à la compétition, à la compassion en témoignent.

Dans son élan à vouloir abattre physiquement son adversaire, Bobby Nadeau, âgé de 16 ans - avec le consentement des arbitres impassibles - le jeune hockeyeur Jonathan Roy (19 ans) a quitté les lois de la civilisation pour se comporter comme un animal soumis à la loi de l’espèce.

Mais à quels exemples ces jeunes joueurs sont-ils exposés ? Le hockey, ce jeu où il est permis de se frapper avec les poings, est-il un modèle de civilisation pour les jeunes ? Et qu’en est-il du contexte général de violence dans lequel nous sommes amenés à grandir et à construire nos repères : violence dans les jeux (vidéos), violence dans le sport, violence dont se délectent les médias pour accroître leur audience, violence économique, violence guerrière, violence des inégalités… ?

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Bobby Nadeau

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1 Comment Add your own

  • 1. Mademoiselle  |  1 avril 2008 at 6:25

    [Serait-il possible de faire parvenir d'une façon ou d'une autre ce message au joueur de hockey Bobby Nadeau s.v.p.?]
    Je veux simplement signifier mon plus profond dégoût envers le comportement du fils de Patrick Roy. À la limite, je suis prête à avouer qu’il soit possible que le hockey soit plus sujet aux bagarres que les autres sports et qu’il n’est pas impossible que ces accrochages surviennent de temps en temps. Par contre, et je veux être bien claire là-dessus, il est tout à fait inconcevable que des coups aussi bas et qu’ils soient acceptés. Le fils de Patrick Roy n’a aucun honneur et j’ai honte que notre société puisse tolérer, et même approuver, des gestes aussi immondes. J’étais au courant de cette bataille et j’avais déjà vu certaines de ces images. Je ne comprends pas du tout ce qui peut motiver un tel acte de violence gratuite, j’ai de la difficulté à m’exprimer tellement je suis révoltée. Bobby Nadeau n’avait pas fait un seul geste et Jonathan Roy s’est littéralement attaqué à lui, alors qu’il n’essayait que de se protéger. Voilà des gestes sauvages et sans aucune conscience. Peut-être Jonathan Roy devrait-il être placé avec les gorilles au zoo ? De plus, ce sont les dernières images que j’ai vues de cette attaque qui m’ont ébranlé. Rares sont les occasions où je suis si touchée, mais la cruauté du dernier coup de poing, alors que Bobby Nadeau gisait sur la glace, m’ont fait venir les larmes aux yeux. Cette brutalité aurait-elle été admise hors match ? Et pour couronner le tout, Jonathan Roy confronte un autre joueur et se rit de la foule en lui faisant des doigts d’honneur. Et le père, quel idiot… « Je parlais à la foule…» Je souhaite bon courage à Bobby Nadeau, malgré tout ce qu’on peut entendre, je continue à penser qu’il était plus courageux de garder son sang-froid que de répliquer à de telles conneries.

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