17 juin 2008 – Le Sénat du Canada vient d’adopter un projet de loi privé en faveur de l’abolition du recours à la force dans l’éducation des enfants. La Chambre des Communes est maintenant saisie de ce projet qui répond à l’engagement que le Canada a pris quelques années auparavant en signant la Convention des droits de l’enfant des Nations Unies.
Au même moment, le Conseil de l’Europe lance une campagne de sensibilisation sur ce même sujet auprès de ses 47 pays membres. Déjà, depuis 1979, 18 pays en Europe ont aboli l’usage de la force comme moyen d’éducation.
Le recours à la force au Canada avait été récemment limité par la Cour Suprême qui bornait l’usage pour les enfants entre 2 et 12 ans et précisait qu’il devait s’agir d’une “force raisonnable” – laissant cependant ouverte l’interprétation du mot raisonnable.
Or, il me semble qu’une société moderne ne peut plus ériger le recours à la violence – telle que la fessée – comme un moyen d’éducation. Il s’agit là d’une vision archaïque que de penser que nous formerons les générations futures en les contraignants par la force à adopter des comportements et des valeurs fussent-ils ou elles respectables. L’éducation n’est pas synonyme de répression.
La campagne de sensibilisation de l’Europe témoigne de messages en rupture avec nos croyances véhiculées depuis tant de décennies : l’enfant n’est pas la propriété des parents, dit l’un d’eux. Les enfants ne sont pas des mini-personnes ayant des mini-droits : ils ont aussi droit à leur intégrité physique, dit un autre.
Sans parler des innombrables études traitant du développement de l’enfant montrant combien le recours à la force peut perturber l’estime de soi, la confiance en soi, la relation parents-enfants, la santé mentale, et engendre des comportements anti-sociaux, il serait temps que nous nous nous interrogions sur notre relation à l’enfance et à l’éducation. Dans certaines cultures primitives, les enfants étaient élevés sans être corrigés – l’idée même de frapper étant parfois absente.
Or, il est encore des visions très machistes, intégristes, religieuses, conservatrices qui non seulement ne voient pas l’éducation autrement que par la force mais y trouvent – contre toute démonstration scientifique – des vertus.
Plus largement, ce débat sur la façon d’élever des êtres sans défense, à la recherche désespéremment de l’affection de leurs parents, reflète le caractère barbare de certaines de nos pratiques sociales qui sont le fruit de théories aussi séculaires que fumeuses et qui n’ont jamais été requestionnées à la lumière des progrès de la science humaine. En outre, ce débat met en lumière deux idéologies opposées : l’une estimant que le monde est un rapport de force et dont les relations humaines doivent être gérées comme tel. L’autre estimant que la violence ne peut que nourrir la violence et que la négociation, le compromis, le sens du partage ou de la compassion sont autant de qualités qui ne démontrent nullement une faiblesse mais bel et bien une force qui plus est vertueuse.
Ainsi, 30 ans après l’abrogation de tous recours à la force comme méthodes d’éducation, la Suède, pays pionnier en la matière, constate une pacification générale de sa société.
Notre monde hyper violent doit apprendre qu’une éducation pacifiée n’est pas l’aveu de l’échec de parents tout puissants, ni la soumission de leur autorité au bon vouloir de leur progéniture. Il s’agit d’adapter l’éducation à la compréhension du développement de l’enfant, sans renier l’importance de transmettre des repères et des valeurs.
Être parent n’est pas tâche facile. Raison de plus pour accepter ne pas tout connaître et interroger ses méthodes avec l’ouverture d’esprit qui sied aux personnes responsables de petits êtres en devenir.





