La poussière retombe doucement sur les restes fumants de la campagne électorale.
Derrière le brouillard qui se dissipe enfin, je tente de comprendre les raisons de l’échec.
Je suis convaincu que les libéraux proposaient le meilleur programme et je sais que ce n’est pas faute d’idées, de contenu que nous avons échoué.
On a beaucoup parlé de l’homme – Stéphane Dion. “Persona non grata” au Québec – because la loi sur la clarté – comme je l’ai lu encore hier. Trop peu charismatique, pas un vrai leader dit-on aussi. Mais ces arguments ne manquent pas d’ironie et de paradoxe.
En effet, on ne cesse de dire que les Canadiens sont cyniques envers la politique parce qu’ils ne se reconnaitraient plus dans des politiciens carriéristes qui serviraient leurs intérêts personnels au lieu de l’intérêt général. Parce qu’ils ne voudraient plus de ces politiciens qui passeraient leur temps à s’adonner à des “games politiques” à Ottawa plutôt que de traiter des vrais problèmes qui touchent les gens. Du coup, les Canadiens ne croiraient plus en la politique et n’iraient plus voter.
Or, ces mêmes Canadiens sont d’accord pour dire que Stéphane Dion n’était pas un politicien. Un anti-politicien, ai-je pu lire durant la campagne. Je préfère dire : un alter-politicien. Bref, une personne qui ne joue pas de “game politique”, qui a la passion de l’intérêt général et qui, notamment, souhaitait ardemment aider les moins favorisés. Un homme politique dont tous reconnaissent la droiture, l’éthique et les qualités intellectuelles. Un homme qui faisait de la politique autrement, sans faux-semblants ni langue de bois.
Alors ?
Alors peut-être que les Canadiens souhaitent en théorie ce type d’homme politique mais qu’en pratique ils se raccrochent au bon vieux leader habituel, celui qui brasse l’émotion, tape du poing sur la table, montre toute sa poigne et ses belles dents…
Un article de la Presse du début du mois disait qu’au fond personne n’aime le changement. On crie “changement !” et “réforme !” sur tous les toits et à la première occasion venue, on se replie, frileux. Parce que changer ça demande des efforts, des remises en cause tandis que la stabilité et le statu quo, c’est quand même plus confortable et moins fatiguant !
Change ! dit Obama. Mais notre journaliste de La Presse nous fait observer que pour tout changement, Obama nous proposerait un retour vers le futur : la bonne vieille Amérique des Kennedy et Roosvelt. Tout au plus, le rêve américain s’est numérisé mais il s’agit du même american dream.
Toujours est-il qu’une chose est sûre : presque un Canadien sur deux n’est pas allé voter. Il semblerait donc que le cynisme l’ait emporté. Mais, paradoxalement, en rejetant Stéphane Dion, je prédis que nous avons remisé pour longtemps dans nos tiroirs ce type de leader alter-politique. Et en rejetant le Tournant vert, il est presque assuré que les prochains politiciens remiseront aussi l’environnement.





