
Mon cher Damien,
A titre d’introduction, je te soumets une rapide réflexion : ma thèse consiste à croire que nous ne sommes qu’au tout début d’une pensée de l’humanité – pas d’une pensée humaniste mais je crois que l’Homme commence à se penser comme UNE humanité. C’est encore très balbutiant. Puisque nous avons besoin de symboles pour jalonner notre histoire, je ferais commencer ce phénomène à 1969 et à la première fois où l’Homme a pu observer un lever de Terre depuis la Lune.
Pour faire simple et caricatural, le monde s’est développé en puzzle aux pièces dispersées. Sur chacune d’elles se sont développées civilisations, langues, cultures, coutumes, croyances,… Peu à peu les Christophe Colomb de ce monde, inventeurs et découvreurs de modes de déplacements et de communications rapides, ont fait se rapprocher ces pièces. C’est ce qu’on appelle la mondialisation. On dit souvent mondialisation économique mais ceci est bien trop réducteur et surtout le phénomène est bien plus ancien qu’on ne le croit même s’il s’est fortement accéléré au XXè siècle. Moi je préfère parler de “tectonique des civilisations” (j’ai malheureusement constaté que ce terme existait déjà après y avoir pensé. Mais je le trouve fort à propos). Après un premier mouvement de séparation et d’isolement, les civilisations sont donc en marche pour se rencontrer les unes et les autres jusqu’à l’harmonie – je l’espère – ou pour le moins une sorte d’harmonisation – qui ne devra jamais être totale car il nous faut protéger ce que j’appelle la “biodiversité des peuples” (ce terme la, je le revendique). Le choc des civilisations, selon moi, existe ou pas dépendamment de la façon dont les Nations accompagnent ce mouvement de tectonique. Les méthodes de W. Bush l’ont rendu possible. Gageons que celles d’Obama le dissiperont. Bref, dans ce contexte comment envisager qu’un mur, comme celui que construit Israël face aux Palestiniens, soit la réponse à un problème entre deux peuples ? Pour moi, il s’agit d’une réponse archaïque à un phénomène que l’on n’arrêtera pas – comme on n’arrête pas la dérive des continents. Un mur de château fort, une solution du moyen-âge. C’est une réponse placébo, une réponse qui essaie de faire survivre le puzzle éclaté. Pour tout un tas de raisons que ton mémoire analysera.
Je ne crois pas que les Nations disparaitront ni même que le sentiment d’identité nationale ou régionale se dissipera. Mais tout comme l’on peut être français ou allemand et se sentir européen – donc partager une histoire et des valeurs communes – je crois que nous nous sentirons un jour français, européens et terriens. Et que ce dernier sentiment d’appartenance devra amener nos dirigeants à envisager des réponses aux problèmes autrement qu’en créant des murs. Je suis peut-être (trop) optimiste mais je veux croire à cette prise de conscience. Sinon, quelle sera l’alternative ? Des riches contre des pauvres ? Des pétroleux contre des assoiffés d’énergie ? Des abreuvés contre des assoiffés tout court ? Des armés contre des trafiquants de la dernière chance ? Des paradis fiscaux contre des paradis perdus ? L’avènement de ce monde-là est également possible. L’Histoire reste à écrire.
J’aime ton idée de comparer ce mur d’Israël à d’autres pour tenter d’en comprendre les raisons. Surtout je trouve très intéressant de traiter de la symbolique de l’emmurement. Car comme je l’ai dit, je crois que cette pratique renvoie à une conception du monde éclaté… et dans un mouvement de tectonique des civilisations, la seule façon de faire perdurer ce monde en pièces c’est d’ériger des murs qu’ils soient physiques ou technologiques (la Chine qui essaie d’isoler son peuple en filtrant l’internet par exemple). A qui profite cette vision du monde ? Voilà une question intéressante, non ?






