Mes preuves d'humeur au monde

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Les bébés d’Obama

In Politique, Société on 5 février 2009 at 10:33

Obama 2008

Dans un article intitulé « ni dieu, ni maître, ni impôts », François Flahaut nous parle d’Ayn Rand (1905-1982), populaire philosophe et romancière états-unienne dont les œuvres portent aux nues l’individualisme et les valeurs de l’ultra-libéralisme qui ont fasciné un certain Ronald Reagan.

Rand a sublimé ce sentiment de liberté individuelle toute puissante au travers de héros romantiques qui ne connaissaient qu’un dieu : leur propre désir d’homme libre, indépendant, soumis qu’à leur seule volonté.

Dans cet univers, l’Autre – son semblable – n’est qu’une autre entité indépendante avec laquelle on échange par contractualisation. Chaque être humain est supposé agir selon son strict intérêt propre. « En vivant uniquement pour soi, [...] chacun concourra involontairement et par surcroît au bien général » nous dit Flahaut, exprimant la pensée de Rand. Par conséquent, tout être qui ressentirait le besoin de l’Autre serait perçut comme dépendant et donc considéré comme « parasite. »

Dans cette conception de la relation humaine, il n’y a pas de devoir envers autrui, seulement envers soi-même. Ainsi on ne peut expliquer les rapports humains en termes de conflits, de rapports de force ou d’abus de pouvoir puisqu’il n’existe pas d’obligations envers l’Autre.

Cette vision de la société, précise Flahaut,  glorifie les dominants et culpabilise les faibles. Vision virile, machiste et brutale de la société qui fait la gloire aux rapports de force.

Or, dit Flahaut, dans les deux grands best-sellers d’Ayn Rand, il n’y a aucun personnage d’enfants, tout simplement parce que l’enfant aurait suffit à ruiner le modèle : « l’individualisme radical d’Ayn Rand implique au fond que la société, comme le disait Mme Margareth Thatcher, n’existe pas. »

Tels étaient l’Amérique et le monde vus par George W. Bush, disciple inconditionnel de cette doctrine.

En se montrant publiquement en compagnie d’enfants, avec un bonheur manifeste, et en affichant son humanité, Barack Obama a inconsciemment rompu avec le modèle d’Ayn Rand et nous a offert sa vision du monde : celle où l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts individuels. Celle qui reconnait l’existence d’une société d’Êtres interdépendants.reliés les uns aux autres, non pas uniquement par des calculs, mais aussi et surtout par des sentiments.

bush-baby

Éducation : la force de la non-violence

In Société on 25 juin 2008 at 2:54

17 juin 2008 – Le Sénat du Canada vient d’adopter un projet de loi privé en faveur de l’abolition du recours à la force dans l’éducation des enfants. La Chambre des Communes est maintenant saisie de ce projet qui répond à l’engagement que le Canada a pris quelques années auparavant en signant la Convention des droits de l’enfant des Nations Unies.

Au même moment, le Conseil de l’Europe lance une campagne de sensibilisation sur ce même sujet auprès de ses 47 pays membres. Déjà, depuis 1979, 18 pays en Europe ont aboli l’usage de la force comme moyen d’éducation.

Le recours à la force au Canada avait été récemment limité par la Cour Suprême qui bornait l’usage pour les enfants entre 2 et 12 ans et précisait qu’il devait s’agir d’une “force raisonnable” – laissant cependant ouverte l’interprétation du mot raisonnable.

Or, il me semble qu’une société moderne ne peut plus ériger le recours à la violence  – telle que la fessée – comme un moyen d’éducation. Il s’agit là d’une vision archaïque que de penser que nous formerons les générations futures en les contraignants par la force à adopter des comportements et des valeurs fussent-ils ou elles respectables. L’éducation n’est pas synonyme de répression.

La campagne de sensibilisation de l’Europe témoigne de messages en rupture avec nos croyances véhiculées depuis tant de décennies : l’enfant n’est pas la propriété des parents, dit l’un d’eux. Les enfants ne sont pas des mini-personnes ayant des mini-droits : ils ont aussi droit à leur intégrité physique, dit un autre.

Sans parler des innombrables études traitant du développement de l’enfant montrant combien le recours à la force peut perturber l’estime de soi, la confiance en soi, la relation parents-enfants, la santé mentale, et engendre des comportements anti-sociaux, il serait temps que nous nous nous interrogions sur notre relation à l’enfance et à l’éducation. Dans certaines cultures primitives, les enfants étaient élevés sans être corrigés – l’idée même de frapper étant parfois absente.

Or, il est encore des visions très machistes, intégristes, religieuses, conservatrices qui non seulement ne voient pas l’éducation autrement que par la force mais y trouvent – contre toute démonstration scientifique – des vertus.

Plus largement, ce débat sur la façon d’élever des êtres sans défense, à la recherche désespéremment de l’affection de leurs parents, reflète le caractère barbare de certaines de nos pratiques sociales qui sont le fruit de théories aussi séculaires que fumeuses et qui n’ont jamais été requestionnées à la lumière des progrès de la science humaine. En outre, ce débat met en lumière deux idéologies opposées : l’une estimant que le monde est un rapport de force et dont les relations humaines doivent être gérées comme tel. L’autre estimant que la violence ne peut que nourrir la violence et que la négociation, le compromis, le sens du partage ou de la compassion sont autant de qualités qui ne démontrent nullement une faiblesse mais bel et bien une force qui plus est vertueuse.

Ainsi, 30 ans après l’abrogation de tous recours à la force comme méthodes d’éducation, la Suède, pays pionnier en la matière, constate une pacification générale de sa société.

Notre monde hyper violent doit apprendre qu’une éducation pacifiée n’est pas l’aveu de l’échec de parents tout puissants, ni la soumission de leur autorité au bon vouloir de leur progéniture. Il s’agit d’adapter l’éducation à la compréhension du développement de l’enfant, sans renier l’importance de transmettre des repères et des valeurs.

Être parent n’est pas tâche facile. Raison de plus pour accepter ne pas tout connaître et interroger ses méthodes avec l’ouverture d’esprit qui sied aux personnes responsables de petits êtres en devenir.