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Crise financière : le cynisme des cupides en cravate – Lettre ouverte au Président de la République française

In Politique, Société, Économie on 5 août 2009 at 6:40

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Monsieur le Président de la République Française,

BNP-Paribas a bénéficié de 5,1 milliards d’euros de la part de l’Etat (c’est-à-dire l’argent des contribuables) il y a seulement 8 mois et aujourd’hui BNP-Paribas provisionne 1 milliard pour les reverser à ses traders sous forme de Bonus.

L’État français est le premier actionnaire de BNP-Paribas et il me semblerait hautement regrettable si  cette manœuvre n’était pas désavouée publiquement.

Car qui cherche-t-on à rémunérer ainsi ? Quels sont ces formidables talents que l’on craint de voir quitter l’entreprise s’ils ne bénéficiaient pas de ces Boni-de-la-honte ? Serait-ce nos chercheurs, nos scientifiques dont les découvertes d’aujourd’hui  façonneront la croissance économique de demain ? Serait-ce nos enseignants dont la capacité à transmettre la connaissance et l’esprit critique aux nouvelles générations modèlera la vision du monde ?

Nullement. Ceux que l’on cherche a rémunérer ainsi, dans des proportions qui défient tout entendement, ce sont ces mêmes traders à l’origine de la spéculation hasardeuse et dont la cupidité et l’insouciance face à la collectivité nous ont amené à la pire faillite du système financier depuis 80 ans.

Malheureusement ce cas n’est ni unique ni isolé. Bien des médias à travers le monde rapportent la même intention des banques. La sphère financière n’entend visiblement pas se plier à l’autorité politique ni remettre en cause des pratiques qui ont déjà couté fort cher à bien des pauvres gens. L’avidité scandaleuse de ces irresponsables en cravate se double désormais d’un cynisme insupportable.

Une réplique à la crise financière se prépare si l’on n’y change rien. Elle pourrait s’avérer plus dévastatrice que la première secousse.

Le capitalisme productiviste de l’après-guerre, issu du protestantisme, valorisait le travail et l’effort ainsi que l’enrichissement d’entrepreneurs dont la morale religieuse obligeait à la redistribution envers les moins fortunés (lire “Vous pouvez sauver le soldat capitalisme”).

Le capitalisme financier s’est débarrassé de cette morale et de tout scrupule. L’individualisme est son credo. L’enrichissement une fin en soi. Boulimique, le système financier est devenu orgiaque. Le Bonus est son orgasme.

La déconnexion avec le monde réel est totale. Il n’y a plus d’éthique dans le monde du toc.

Si les élus du peuple ne parviennent pas rapidement à nettoyer cette mentalité usurpatrice, qui conduit par exemple, le gouverneur de Californie à couper, comme le rapporte Libération, “50 millions dans le programme Healthy Families qui donne une assurance-maladie aux enfants de familles à bas revenus, 50 millions aux services aux enfants handicapés, 16 millions à la lutte contre les violences domestiques, 52 millions à la prévention et au traitement du sida, 6,3 millions aux personnes âgées…”, alors le peuple n’aura plus d’autre alternative que de se soulever dans un geste aussi salutaire que salvateur.

Bien que la résilience des peuples me surprenne toujours, je crains le jour où le bambou finira par se briser. Car le sentiment d’injustice grandit chez ceux qui payent la crise des autres. Ceux-là même dont on souhaite reconnaître les talents de fossoyeur de l’économie par des Bonis à 7 chiffres.

Aussi, dans l’intérêt de tous et en particulier des plus modestes, je souhaite le succès de toute intiative politique qui ramènera le monde de la finance à la raison et à son métier, c’est-à-dire, comme le rappelait Nicolas G. Hayek, fondateur de Swatch, aider les entrepreneurs à créer la richesse réelle au profit de l’humanité.

Recevez, Monsieur le Président, l’expression de ma considération.

Maximilien Depontailler

Séisme sur la banquise

In Société on 27 avril 2009 at 7:37
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La Déclaration universelle sur le prélèvement éthique du phoque est la première réponse politique depuis 20 ans dans le dossier de la chasse au phoque écrivait le chroniqueur Louis-Gilles Francoeur dans Le Devoir du 24 avril 2009.

En accord avec cette affirmation, j’ajouterais que ce document va au-delà d’une réponse politique et pourrait créer un séisme sur la planète des végétariens. Car il s’agit d’un document qui pourrait redistribuer les cartes d’un jeu longtemps – et toujours – dominé par les lobbies végétariens.

Petite parenthèse : notez que je n’ai rien contre les végétariens, étant moi-même consommateur à l’occasion de nourriture végétarienne au demeurant fort agréable. Je n’accepte en revanche pas des groupes de pression qui font du prosélytisme au point de menacer les libertés individuelles, les modes de vie de populations modestes et l’équilibre des écosystèmes à contre-courant de toute évidence scientifique… Fin de la parenthèse.

La Déclaration universelle bouscule les repères. La classique opposition entre, d’un côté, les méchants chasseurs barbares et, de l’autre, les gentils protecteurs des animaux vient de s’en prendre un coup.

En déclarant leur attachement au bien-être animal ; en subordonnant leur activité à la nécessité de protéger les espèces et les écosystèmes et surtout en réclamant publiquement l’établissement de standards éthiques internationaux c’est-à-dire des règles de chasse définies en communs par les européens et les canadiens, les chasseurs de phoque viennent de débarquer dans la chasse gardée des animalistes : la protection des animaux.

Plus que cela, ils viennent de ringardiser un discours qui consistait à dire : pour protéger les animaux, il ne faut pas les chasser, il ne faut pas les toucher, il faut les mettre sous cloche. Au contraire, disent les chasseurs dans la Déclaration : pour protéger les écosystèmes c’est-à-dire les milieux dans lesquels intéragissent les animaux et les hommes – et les animaux entre eux – il faut une intervention prudente, scientifique, moderne. Que cette intervention s’appelle chasse ou sanctuaire, prélèvement ou moratoire, l’homme ne peut pas être considéré comme extérieur au monde animal et végétal dans lequel il se meut.

Ainsi donc, les préleveurs de phoque revendiquent avec justesse leur vision et leur rôle de protecteur de la nature, eux qui vivent 365 jours par an en harmonie avec elle et dont, par-dessus tout, la qualité de vie est étroitement liée à la qualité de leur environnement – bien plus que n’importe quel militant de ces groupes de pression bien installé dans son condo de centre-ville.

Voilà donc le séisme que s’apprêtent à réaliser les communautés des chasseurs du phoque : être enfin reconnus comme des acteurs bienveillants, exigeant une éthique  de leurs pratiques universellement partagée et renvoyant les animalistes pour ce qu’ils sont : des idéologues végétariens aux idées courtes, simplistes et totalitaires.

Signez la pétition au www.phoque.org ou sur care2 : Petition powered by ThePetitionSite.com

Une Déclaration universelle sur le prélèvement éthique du phoque

In Société on 25 avril 2009 at 7:50

Ce sera un article court mais je crois qu’il se passe de commentaire… la vidéo dit tout…

Je vous en reparle bientôt ! Et surtout visitez le site web !

Québec : ici, le monde nouveau ?

In Société on 6 août 2008 at 12:31

Ville de Québec. Juillet 2008.

Face au fleuve Saint Laurent, j’imagine cette civilisation européenne – La France ! – qui, il y a 400 ans exactement, en juillet 1608, pénétrait les terres pour y fonder la ville de Québec et établir sa vision du monde.

Le fameux choc des civilisations de Samuel Huntington n’a pas eu lieu, comme il le prétend, avec la chute du mur de Berlin, la fin des clivages idéologiques, la mondialisation économique et l’émergence de prétendus clivages culturels.

Le choc des civilisations s’est joué là, en Amérique. Avec le débarquement de Colomb au sud, les premières voyages de Jacques Cartier au nord quelques 40 ans plus tard et finalement l’établissement de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre au XVIIème siècle.

Tout ce qui s’ensuivra, jusqu’à nos jours, n’est que rejet de ce vaste mouvement entamé ici, de cette assimilation des cultures à la pensée occidentale.

Devant moi s’étend le berceau de l’occidentalisation du monde. La tranquillité du fleuve contrastant avec les croix et feu purificateurs du temps de la découverte.

Remparts et canons, meurtrières et citadelle n’ont plus de raison d’être. Impuissants face à ce monde contemporain. D’autres armes plus terribles les ont remplacées à jamais, imposées à coups de raison, de science, d’idéaux individuels et de technologies. Armes de guerre mais aussi armes culturelles et économiques.

La représentation circulaire du temps des peuples Autochtones n’a eu aucune chance face à la représentation linéaire du temps des Européens et leur idée de progrès. La compétition entre nations, leur soif de découvertes et de richesses a fait le reste.

Des explorateurs pour les uns. Des envahisseurs pour les autres. Génocidaires souvent. Des sauvages pour les uns. Des peuples pour les autres. Persécutés toujours.

Le petit cimetière protestant de la rue Saint Jean (1771-1860) m’éclaire sur la souffrance de cette humanité qui ne se considérait pas comme universelle. Les stèles à l’abandon témoignent des épidémies et de la rudesse de la vie qui emportèrent nouveaux nés, enfants et autres jeunes adultes. Au même moment, cette autre humanité, soi-disant sauvage et sans âme jusqu’en 1550, souffrait des épidémies importées d’Europe et de l’effondrement de son paradigme sociétal et religieux.

Le fleuve Saint Laurent comme l’artère qui irrigue le cœur, siège des passions, de l’amour et de la haine. Siège de la vie.

Il nous reste encore à inventer un monde nouveau.

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Lire aussi : les Papous et l’Occident

Chasse aux phoques : fric, toc et manipulation

In Politique, Société on 19 juillet 2008 at 5:02

Alors que la Commission européenne devrait proposer un boycott des produits canadiens du phoque ce 23 juillet, il me semblait important de mettre les choses en perspective.

Les organisations de protection animale en France ont eu à cœur de défendre, pendant des années, le bien-être de l’animal. Cela était utile et nécessaire. Ce que personne ne semble avoir remarqué c’est la mutation de ces organisations sous l’influence – je dirais presque le phagocytage – des organisations nord-américaines. Au cœur de ce réseau désormais mondial : la Humane Society of the United States (HSUS).

Organisation devenue richissime – son patron en 2003 a reçu 500.000 $ US de salaire – , la HSUS a su faire de son opposition à la chasse aux phoques un véritable moyen pour lever des fonds à tel point que l’on peut se demander si l’objectif n’est pas là : gagner de l’argent pour imposer sa vision de la société. Une vision qui irait bien au-delà de la simple défense de la vache à lait des phoques.

Parenthèse : la Commission Européenne a reconnu, en 2007, que les espèces de phoques actuellement chassées ne sont pas des espèces menacées. D’ailleurs, ces espèces ne figurent pas dans la liste des espèces menacées de la Convention sur le commerce international des espèces (CITES). Même Greenpeace avait reconnu, en 2004, cette situation avant de faire volte-face en 2005 sous l’impulsion de son nouveau directeur. Les phoques du Groenland, les plus chassés, sont passés de 2 millions dans les années 70 à près de 6 millions de tête en 2006. Fin de la parenthèse.

Désormais, donc, nous ne parlons plus de “défendre” les animaux ni de “bien-être” mais de “droits” des animaux. Cela peut paraître anodin mais il se cache derrière cette sémantique un changement profond de concept et d’idéologie.

Défendre le droit des animaux, c’est concevoir l’animal à égalité avec l’homme. C’est pour cela que les animalistes parlent d’”animal-humain” pour désigner l’Homme et d’”animal-non-humain” (les animaux). Et j’irais plus loin : j’ai lu bien des commentaires sur les forums Internet de ces organisations où l’homme était considéré comme inférieur à l’animal tant il y est décrié pour sa capacité à détruire son environnement. S’il est vrai que l’environnement doit être mieux protégé, je n’irais pas jusqu’à considérer l’espèce humaine inférieure à l’animal. Sauf que nous avons affaire à des extrémistes de la cause animale. Voilà la pensée qui, désormais, contrôle ces organisations qui, il y a 15 ou 20 ans, étaient somme toute responsables et sensées.

La fondation Brigitte Bardot était singulière dans ce paysage : seule organisation ou presque à revendiquer dans les années 1970 la fin de la chasse au phoque, elle est désormais rejointe par la quasi totalité des organisations animalistes. Pourquoi ce changement ? Certainement pas grâce à l’expertise scientifique de Brigitte Bardot dont les seules arguments sont à caractère émotifs, démagogiques, et anthropomorphiques. (Je me souviens d’ailleurs de cette conférence de presse de Madame Bardot à Ottawa en 2006, pleurnichant sur le sort des phoques devant une affiche où figurait… une otarie… et un bébé humain mort). Certainement pas non plus grâce à sa tolérance mise à mal par 5 condamnations judiciaires pour incitation à la haine raciale – la dernière condamnation à 15.000 euros date de juin 2008. Mais peut-être que Madame Bardot essaie de se racheter une virginité avec les phoques, elle qui avait abandonné son enfant ?

Ce changement vient davantage de la puissance financière de HSUS car je soupçonne fortement la HSUS d’abonder financièrement auprès de ces organisations et de fédérer des campagnes et des discours. Il est intéressant de constater, par exemple, que la Fondation Bardot a lancé une campagne contre la viande de cheval en France à la fin 2007 au même moment que la HSUS aux États-Unis.

Il peut paraître étonnant, également, de voir la Fondation 30 millions d’amis faire campagne contre la chasse au phoque. Du temps de son fondateur Jean-Pierre Hutin, la fondation s’occupait, comme son nom le laisse supposer, des animaux domestiques. La fondation s’est transformée en une organisation défendant tous les animaux et a épousé les thèmes et les discours des organisations nord-américaines (contre les animaux de laboratoire, contre les animaux de cirque, promotion de livres sur le droit des animaux, etc.)  Et je pourrais dire la même chose de la Société Protectrice des Animaux (SPA).

Or, parmi ces changements, on note un message général commun : la promotion du végétarisme.

Ainsi, la HSUS a élaboré un guide pour influencer la société américaine à devenir végétarienne. Consulter le guide en anglais ici.

Dans son édito, le patron de l’organisation, Wayne Pacelle, végétarien notoire, écrit : « Nous sommes des créatures dotées d’une conscience et chacun d’entre nous a le pouvoir de nous détourner de la cruauté de ce qui se passe aujourd’hui dans les fermes ». Lire le texte en anglais ici.

Nous sommes loin du phoque et de l’animal sauvage : les fermes sont précisément dénoncées. Il est vrai que la ferme américaine est peut-être différente de la ferme européenne : l’hormone est autorisée sur les bovins, pas de label rouge pour les poulets entassé par milliers dans des fermes dont le seul objectif est le rendement pour le profit (lire Malbouffe : on vous tue pour vrai), etc. La production intensive, le manque de labels, le recours aux antibiotiques et au chlore (interdit en Europe) permettent de comprendre leur prise de position. Or, si le diagnostic peut être juste, la réponse, elle, ne m’apparait pas la bonne et la cause – l’imposition d’une société végétarienne – encore moins. En outre, je ne crois pas que ces personnes fassent dans la nuance. Et leur idéologie végétarienne l’emportera sur le savoir-faire des petits éleveurs et producteurs européens.

Autre chose : la HSUS a fondé en 1991 la Humane Society International (HSI). Cela vous donne une idée de leur désir de répandre la bonne nouvelle à l’extérieur de leurs frontières. Et avec le HSUS Legislative Funds (Fonds législatif de la HSUS), l’organisation se donne les moyens de financer les politiciens et donc d’obtenir d’eux les lois et règlements qu’elle souhaite.

Bref, c’est une vraie pieuvre qui s’organise pour un objectif à caractère totalitaire : le végétarisme envers et contre tous. Dans ce contexte, nos phoques ont vraiment beau dos. Et ce sont des familles bien réelles -  Inuit, Québécoises, Acadiennes -, tentant modestement de vivre de cette chasse, qui font les frais de cette guerre idéologique.

Alors oui, ils est possible que les méthodes de chasse au phoque soient améliorées et la surveillance renforcée – bien que la chasse au phoque soit déjà la chasse la plus encadrée de la planète. Quid de l’usage du hakapik (le fameux gourdin tant décrié) ? Il a été jugé par l’association canadienne des médecins vétérinaires comme le meilleur outil permettant une mort instantanée. En outre, le crochet métallique permet aux chasseurs de piquer la banquise s’ils venaient à tomber à l’eau. Mais quelles sont les propositions d’amélioration des organisations ? Aucune. Elles n’en ont pas. Elles n’en veulent pas. Sous prétexte que les règlements sont transgressés par certains chasseurs, elles exigent la fin de la chasse. Un peu comme si on demandait l’interdiction de la circulation automobile à cause de certains chauffards qui auraient causé des accidents.

Mais le terrible aveu vient peut-être de Paul Watson lui-même, opposant forcené à la chasse aux phoques et ancien Directeur de Greenpeace. Dans une entrevue à la CBC en 1978, il déclarait : « la chasse au phoque a toujours été un moyen de faire du profit pour la fondation Greenpeace. Et pour les autres organisations comme IFAW, API aussi. Il y a des centaines d’animaux qui figurent sur la liste des espèces en danger. Le phoque n’est pas l’un d’eux. Mais le phoque a une image très facile à exploiter… » Écouter l’entrevue ici.

Éducation : la force de la non-violence

In Société on 25 juin 2008 at 2:54

17 juin 2008 – Le Sénat du Canada vient d’adopter un projet de loi privé en faveur de l’abolition du recours à la force dans l’éducation des enfants. La Chambre des Communes est maintenant saisie de ce projet qui répond à l’engagement que le Canada a pris quelques années auparavant en signant la Convention des droits de l’enfant des Nations Unies.

Au même moment, le Conseil de l’Europe lance une campagne de sensibilisation sur ce même sujet auprès de ses 47 pays membres. Déjà, depuis 1979, 18 pays en Europe ont aboli l’usage de la force comme moyen d’éducation.

Le recours à la force au Canada avait été récemment limité par la Cour Suprême qui bornait l’usage pour les enfants entre 2 et 12 ans et précisait qu’il devait s’agir d’une “force raisonnable” – laissant cependant ouverte l’interprétation du mot raisonnable.

Or, il me semble qu’une société moderne ne peut plus ériger le recours à la violence  – telle que la fessée – comme un moyen d’éducation. Il s’agit là d’une vision archaïque que de penser que nous formerons les générations futures en les contraignants par la force à adopter des comportements et des valeurs fussent-ils ou elles respectables. L’éducation n’est pas synonyme de répression.

La campagne de sensibilisation de l’Europe témoigne de messages en rupture avec nos croyances véhiculées depuis tant de décennies : l’enfant n’est pas la propriété des parents, dit l’un d’eux. Les enfants ne sont pas des mini-personnes ayant des mini-droits : ils ont aussi droit à leur intégrité physique, dit un autre.

Sans parler des innombrables études traitant du développement de l’enfant montrant combien le recours à la force peut perturber l’estime de soi, la confiance en soi, la relation parents-enfants, la santé mentale, et engendre des comportements anti-sociaux, il serait temps que nous nous nous interrogions sur notre relation à l’enfance et à l’éducation. Dans certaines cultures primitives, les enfants étaient élevés sans être corrigés – l’idée même de frapper étant parfois absente.

Or, il est encore des visions très machistes, intégristes, religieuses, conservatrices qui non seulement ne voient pas l’éducation autrement que par la force mais y trouvent – contre toute démonstration scientifique – des vertus.

Plus largement, ce débat sur la façon d’élever des êtres sans défense, à la recherche désespéremment de l’affection de leurs parents, reflète le caractère barbare de certaines de nos pratiques sociales qui sont le fruit de théories aussi séculaires que fumeuses et qui n’ont jamais été requestionnées à la lumière des progrès de la science humaine. En outre, ce débat met en lumière deux idéologies opposées : l’une estimant que le monde est un rapport de force et dont les relations humaines doivent être gérées comme tel. L’autre estimant que la violence ne peut que nourrir la violence et que la négociation, le compromis, le sens du partage ou de la compassion sont autant de qualités qui ne démontrent nullement une faiblesse mais bel et bien une force qui plus est vertueuse.

Ainsi, 30 ans après l’abrogation de tous recours à la force comme méthodes d’éducation, la Suède, pays pionnier en la matière, constate une pacification générale de sa société.

Notre monde hyper violent doit apprendre qu’une éducation pacifiée n’est pas l’aveu de l’échec de parents tout puissants, ni la soumission de leur autorité au bon vouloir de leur progéniture. Il s’agit d’adapter l’éducation à la compréhension du développement de l’enfant, sans renier l’importance de transmettre des repères et des valeurs.

Être parent n’est pas tâche facile. Raison de plus pour accepter ne pas tout connaître et interroger ses méthodes avec l’ouverture d’esprit qui sied aux personnes responsables de petits êtres en devenir.

La guerre du phoque aura bien lieu

In Société on 6 avril 2007 at 10:50

Mais qu’est-ce qui peut motiver des organisations internationales à dépenser des milliers de dollars pour vouloir protéger un animal qui n’est pas menacé? Face à tant d’émotions et d’irrationalité on est en droit de se poser la question. Le Sénateur Céline Hervieux-Payette, leader de l’opposition au Sénat du Canada, signe la présente réflexion. Selon le Sénateur, cette guerre du phoque ouvre le débat du discours moral de ces organisations et de leur vision de l’Homme dans son milieu naturel.

D’abord rappelons quatre choses essentielles : premièrement, le phoque du Groenland et le phoque à crête, concernés par la chasse au Canada, ne sont pas menacés loin s’en faut : leur population a triplé en trente ans (près de 6 millions de têtes en 2007). Deuxièmement, le « bébé » phoque ou blanchon est interdit de chasse depuis 1987. Troisièmement, les techniques d’abattage ont été certifiées sans cruauté par l’association canadienne des médecins-vétérinaires. Quatrièmement, le Canada est signataire de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique et qu’à ce titre le Canada s’oblige à garantir la diversité des espèces vivantes et à puiser de manière durable dans ses ressources.

Cependant, pour nous, citoyens d’Amérique ou d’Europe, urbains pour l’essentiel, tout se passe comme si nous découvrions une loi fondamentale vieille comme le monde : l’espèce humaine survit parce qu’elle se nourrit d’autres espèces vivantes (animales ou végétales) et se développe en en faisant commerce.

Nos villes aseptisées nous ont progressivement éloignées de cette réalité où l’Homme puise dans son environnement les ressources dont il a besoin. Que l’on ne s’y méprenne cependant : cette réalité n’a jamais disparue. Mais nos modes de vie occidentaux ont réduit ces récolteurs de ressources à une toute petite minorité, presque invisible pour la grande majorité de bénéficiaires que nous sommes.

Oui nous mangeons les autres espèces vivantes pour exister. Oui nous faisons commerce de ces autres espèces vivantes pour prospérer.

Le discours de la Humane Society of the United States (HSUS) et ses alliés propose donc une autre vision morale de l’Homme dont il convient de s’interroger sur ses caractères sectaire et religieux : « souligner qu’il existe un avantage économique ne constitue pas une justification morale suffisante […] » écrivait le révérend Andrew Linzay, dans un document publié en 2005 par HSUS, « Public Morality and the Canadian Seal Hunt ». Également PhD et membre de la faculté de Théologie à l’Université d’Oxford, le révérend ajoute : « il n’existe aucune justification morale pour la chasse aux phoques. »

Dans ce nouvel ordre moral, l’animal a des droits et étonnamment pas de devoirs car, comme le dit le révérend : « sur le plan moral les animaux sont innocents ». La pureté de l’animal s’oppose ici à l’Homme, auteur du péché originel, corrupteur du Jardin d’Éden. Est-il donc moralement acceptable que l’Homme puisse froidement enlever la vie pour subvenir à ses besoins, se comportant comme un apprenti créateur capable de tous pouvoirs ? « Parler des phoques comme une ressource est sous-éthique » répond le révérend Linzay, ajoutant : « l’instrumentalisation des animaux prévaut toujours dans le monde d’aujourd’hui ».

Suggérer, alors, que l’homme puisse être supérieur à l’animal relève, dans cette vision des choses, du blasphème. Mais les faits sont là : l’Homme est une espèce qui a su surpasser toutes les autres. Cela lui donne une immense responsabilité : garantir la pérennité du vivant et des ressources inertes tout en agissant avec sensibilité et compassion. En outre, l’Homme a organisé ses relations avec ses congénères dans des rapports qui se sont affranchies de la loi du plus fort : le concept de justice est, en effet, inconnu de la vie sauvage. Nous aurions donc tort de succomber à cette nouvelle définition du bien et du mal qu’implicitement nous livrent HSUS et ses alliés. D’après eux, « les animaux qui ne peuvent donner ou refuser leur consentement, vulnérables et sans défense, » représentent le bien tandis que l’homme, usant de sa toute puissance de manière supposément barbare est le mal.

Or, toute la manipulation de l’information tient dans cette dissimulation : en se posant comme le défenseur des espèces et de l’environnement, HSUS et ses alliés évitent ainsi soigneusement de parler de sa vision morale de l’Homme tout en fédérant l’opinion publique à sa croisade.

On comprend donc toute l’ambigüité du discours : lorsque HSUS et ses alliés parlent de protéger le phoque, ils évoquent officiellement une menace sur l’espèce – ce qui est scientifiquement faux – alors qu’officieusement, il faut comprendre qu’ils remettent en question le positionnement de notre humanité dans son milieu naturel selon lequel l’Homme peut tuer des animaux – de manière durable et en évitant toute souffrance – pour vivre, commercer et prospérer. Comment expliquer, sinon par cette logique, la position de Brigitte Bardot lançant une pétition contre la consommation de cheval ou intégrant le végétarisme comme revendication dans son rassemblement national en France le 24 mars 2007 ?

L’usage de l’image du phoque blanc, capable d’émouvoir – l’émotion étant le contraire de la raison – alors qu’il n’est plus chassé depuis 1987, s’intègre dans cette stratégie de la manipulation d’un discours environnementaliste au service d’une idéologie moralisatrice.

Au cœur de ce système de pensée se trouvent ceux que l’on appelle les animalistes, non des experts mais des extrémistes de la cause animale. Leur doctrine s’appuie sur une armée de bénévoles et de supporters à travers le monde, que je qualifierais d’ « animaleux », c’est-à-dire des citoyens ordinaires mais dont les penchants anthropomorphiques sont soigneusement flattés.

Cet amalgame entre la science et le sacré, la raison et la spiritualité est le trou noir de cette guerre du phoque : il en est le cœur tout en demeurant invisible. Que des sociétés souhaitent librement adhérer à cette vision, on peut le déplorer mais cela reste légitime. Vouloir l’imposer relève d’un fanatisme bien dangereux qu’il convient de combattre avec détermination.